La loi du 18 dĂ©cembre 2025 vient modifier une nouvelle fois le rĂ©gime des sicav RDT. DĂ©sormais, la rĂ©cupĂ©ration du prĂ©compte mobilier retenu sur les dividendes de ces fonds dĂ©pend directement du respect (ou non) de la rĂ©munĂ©ration minimale du dirigeant d’entreprise. Une Ă©volution qui n’est pas anodine pour les sociĂ©tĂ©s de management et les structures patrimoniales.
đ Pour rappel : Ă quoi sert le rĂ©gime RDT ?
Le rĂ©gime des revenus dĂ©finitivement taxĂ©s (RDT) offre un avantage fiscal important : il permet Ă une sociĂ©tĂ© mĂšre de ne pas ĂȘtre taxĂ©e sur les dividendes reçus de sa filiale, ni sur les plus-values rĂ©alisĂ©es lors de la cession d’une participation qualifiante. La filiale, de son cĂŽtĂ©, est dispensĂ©e de prĂ©compte mobilier sur les dividendes distribuĂ©s.
Pour en bĂ©nĂ©ficier, la sociĂ©tĂ© mĂšre doit toutefois dĂ©tenir au moins 10 % du capital de sa filiale (ou une participation d’une valeur d’acquisition de 2,5 millions d’euros), et ce de maniĂšre ininterrompue pendant un an au minimum.
đȘ Les sicav RDT : une porte d’entrĂ©e pour les petites structures
Ce seuil de participation exclut de fait la majoritĂ© des petites sociĂ©tĂ©s. C’est pour leur permettre malgrĂ© tout d’accĂ©der aux avantages du rĂ©gime RDT que les sicav RDT ont Ă©tĂ© créées : en mutualisant les capitaux de nombreux investisseurs, ces fonds atteignent eux-mĂȘmes les seuils requis dans leurs propres participations.
Ă condition de redistribuer chaque annĂ©e au moins 90 % de leurs revenus sous forme de dividendes, ces sicav permettent Ă leurs souscripteurs de profiter du rĂ©gime RDT â l’exonĂ©ration s’appliquant proportionnellement au pourcentage attestĂ© par le fonds Ă chaque distribution ou sortie.
â ïž Ce qui change : le lien avec la rĂ©munĂ©ration minimale du dirigeant
Jusqu’ici, le prĂ©compte mobilier de 30 % prĂ©levĂ© par la sicav RDT lors de chaque distribution Ă©tait intĂ©gralement imputable â et remboursable â sur l’impĂŽt des sociĂ©tĂ©s dĂ» par la sociĂ©tĂ© bĂ©nĂ©ficiaire.
La loi du 18 dĂ©cembre 2025 ajoute une condition : cette imputation n’est dĂ©sormais possible que si la sociĂ©tĂ© respecte l’exigence de rĂ©munĂ©ration minimale prĂ©vue pour bĂ©nĂ©ficier du taux rĂ©duit Ă l’impĂŽt des sociĂ©tĂ©s (article 215, alinĂ©a 3, 4° du CIR 92). ConcrĂštement, il faut qu’un dirigeant personne physique perçoive une rĂ©munĂ©ration brute (avantages de toute nature compris) d’au moins 45 000 âŹ, ou, si le rĂ©sultat imposable le rend impossible, au moins la moitiĂ© de ce rĂ©sultat avant l’octroi de la rĂ©munĂ©ration.
â Points d’attention :
- đ± Les sociĂ©tĂ©s en dĂ©marrage (quatre premiers exercices) restent dispensĂ©es de cette condition.
- đ« Le plafond de 20 % applicable aux avantages de toute nature forfaitaires n’entre pas en jeu ici.
- đ Toute revalorisation future du seuil de 45 000 ⏠(indexation, passage Ă 50 000 ⏠annoncĂ© pour l’exercice d’imposition 2027) impactera automatiquement la rĂšgle d’imputation.
- đ La mesure s’applique dĂ©jĂ aux exercices comptables liĂ©s Ă l’exercice d’imposition 2026, avec une clause anti-abus visant les modifications d’exercice comptable intervenues depuis le 3 fĂ©vrier 2025.
đ§ Un choix stratĂ©gique reste possible
Cette nouvelle contrainte ne s’applique que si le dividende est effectivement exonĂ©rĂ© au titre du rĂ©gime RDT. La sociĂ©tĂ© conserve donc une alternative : renoncer Ă l’exonĂ©ration et soumettre le dividende Ă l’impĂŽt des sociĂ©tĂ©s dans son intĂ©gralitĂ©. Dans ce cas, le prĂ©compte mobilier reste imputable sans aucune condition de rĂ©munĂ©ration.
𧟠Exemple chiffré
Prenons un dividende brut de 1 000 âŹ, avec 300 ⏠de prĂ©compte mobilier retenu (30 %).
- â RĂ©munĂ©ration minimale respectĂ©e â aucun changement : dividende exonĂ©rĂ©, prĂ©compte de 300 ⏠entiĂšrement rĂ©cupĂ©rĂ©.
- â RĂ©munĂ©ration minimale non respectĂ©e, dividende exonĂ©rĂ© â le prĂ©compte de 300 ⏠n’est plus imputable : coĂ»t fiscal rĂ©el de 300 âŹ.
- đĄ RĂ©munĂ©ration minimale non respectĂ©e, dividende imposĂ© â impĂŽt des sociĂ©tĂ©s au taux plein de 25 % (le taux rĂ©duit Ă©tant lui aussi conditionnĂ© Ă la rĂ©munĂ©ration minimale), soit 250 âŹ. Le prĂ©compte de 300 ⏠reste imputable : rĂ©sultat net, un gain de 50 ⏠pour la sociĂ©tĂ©.
Dans cette configuration, renoncer Ă l’exonĂ©ration s’avĂšre donc souvent plus avantageux que la conserver sans pouvoir rĂ©cupĂ©rer le prĂ©compte â le taux normal de l’ISoc (25 %) restant infĂ©rieur au taux du prĂ©compte mobilier (30 %).
đŻ Ce qu’il faut retenir
Pour toute sociĂ©tĂ© investissant via une sicav RDT et ne respectant pas (ou plus) la condition de rĂ©munĂ©ration minimale au-delĂ de ses quatre premiers exercices, un arbitrage devient nĂ©cessaire Ă chaque distribution : vaut-il mieux exonĂ©rer le dividende sans rĂ©cupĂ©rer le prĂ©compte, ou l’imposer pour conserver l’imputation ? La rĂ©ponse dĂ©pend de la situation propre Ă chaque dossier.